La mérule, ce champignon, autant sournois que dévastateur, est au coeur de la problématique de la réhabilitation du centre ancien. Et, bien sûr, celui de Rennes n'y échappe pas.

Reportage

« C’est un problème qui s’étend. Et les répercussions de ce champignon très peu connu touchent autant au bien-être des personnes qu’à leur capital immobilier. C’est aussi pour cela qu’il est au c?ur des préoccupations de l’assurance », observe Alain Charles, chargé des relations institutionnelles à la Maif (1).

Cette société d’assurance mutualiste a saisi les parlementaires bretons de ce problème. Cette « lèpre des maisons » inquiète. Et, notamment, dans plusieurs immeubles dont l’état de vétusté n’est pas la seule cause. On invoque aussi une température (20 à 25°), une hygrométrie (45 % d’humidité) et une obscurité.

Martine Lecoq, responsable de la mission centre ancien à la Ville de Rennes, évoque « la petite goutte d’eau qui s’infiltre et finit par faire des dégâts. La mérule est une des données qui a entraîné une déqualification de certaines copropriétés« .

Dans le même temps, la Ville, par le biais de Territoire public, accompagne les démarches des propriétaires en matière de travaux. Des travaux colossaux, parfois, dont le coût peut s’avérer exorbitant.

Du moderne dans l’ancien : danger !

« Parfois, il est nécessaire de mettre à nu l’ensemble de la structure infectée. Et le logement devient, alors, inhabitable. Il faut reloger les occupants locataires, ou tenir compte du préjudice des accédants à la propriété contraints de continuer à rembourser leur prêt. Rarement les dossiers qui naissent de ce dommage sont traités à l’amiable », indique Jacques Arnaud, architecte expert.

Vincent Jouve, directeur du service départemental de l’architecture et du patrimoine, souligne d’autres causes favorisant l’apparition de ce champignon : « Rennes a la chance de conserver des immeubles construits au XVIe siècle dans lesquels on a amené des éléments de confort sans se soucier réellement de l’ancien et des éléments patrimoniaux non adaptés à la modernité. »

Et puis, tous les experts sont d’accord, il y a les comportements des occupants : chauffage inadapté, ménage dans les rez-de-chaussée de bar lavés à grandes eaux sur des sols en bois, nettoyage des rues avec des machines trop puissantes qui présentent un danger pour les rez-de-chaussée en bois.

Préférer, parfois, la fuite !

En clair, « sans eau, pas de mérule » ! Personne ne vient contredire cette affirmation. Jean-Yves Le Métayer, notaire, rappelle l’attention que doivent porter acheteur, vendeur, intermédiaires tels que le promoteur immobilier, le notaire, voire le syndic de copropriété. « Une personne qui achète en centre-ville ne doit pas faire l’économie d’une visite de la cave« . Et il ajoute, sagement : « Quelquefois, mieux vaut ne pas faire une affaire. Parfois, ajoute-t-il, la meilleure attitude, c’est la fuite ! »

Car au bout, en cas de litige, ce sera aux juges de trancher. « Les litiges interviennent le plus souvent à propos d’immeubles anciens qui ont fait l’objet de travaux dans les années 70 et 80. Pour le confort et… pour l’argent, pour rendre beau mais pas toujours bien ! » constate encore trop souvent maître Jacques Garnier, avocat.

Combien de receveurs de douche installés sur des parquets en bois, sans vraie étanchéité, bricolés ? « Il n’y a quasiment pas une semaine sans qu’intervienne un jugement sur cette question » note le juriste qui appelle à la vigilance syndics de copropriétés mais aussi syndicat de copropriétaires.

(1) Il est difficile d’évaluer la juste proportion de sinistres dus à la mérule dans la jungle des dossiers de déclaration de préjudice car ces dossiers n’étant pas codés, ils ne sont pas tracés.

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